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Pauvres et riches en Afrique: pourrons-nous vivre ensemble?

pauvreté-3Le fossé entre les riches et les pauvres augmente en Afrique. Souvent présentée comme un continent très riche, l’Afrique reste pourtant la région du monde où les inégalités sociales et économiques sont de plus en plus criardes. Si rien ne fait, la situation sera encore plus explosive dans les années à venir. Dans ce contexte, ne faut-il pas se demander si en Afrique les pauvres et les riches pourront vivre ensemble? De nombreux Africains estiment en effet que les inégalités s’accentuent, une infime minorité s’enrichissant alors que les rangs des pauvres ne cessent d’augmenter. Le contraste est d’autant plus frappant en Afrique que le taux de pauvreté est constamment à un niveau élevé depuis des décennies malgré une croissance non négligeable du PIB moyen du continent.

Un éditorialiste de L’Observateur Paalga au Burkina Faso explique le ras le bol général:

 » Les uns prennent l’avion pour aller soigner un rhume des foins pendant que les autres bouffent les pissenlits par la racine parce qu’ils n’ont pas l’argent pour aller traiter un simple palu ».

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Quand les riches font fructifier leurs économies dans des super marchés, dans des grands centres commerciaux tout à côté prospère une autre économie qui est « l’économie de la débrouillardise ». Celle de la proximité sociale qui fait vivre la plupart des habitants des grandes mégalopoles en Afrique. L’exemple du commerce dans les villes africaines comme Douala au Cameroun, Dakar au Sénégal, Lagos au Nigeria est illustratif de cette difficile cohabitation entre économie informelle et économie formelle. Une autre image de la vie des pauvres et riches en Afrique est mis en exergue par la difficile condition des vies des paysans, des pauvres agriculteurs et éleveurs africains qui sont exploités par les multinationales dont sont propriétaires les riches. La connaissance de ce fossé entre démunis et nantis doit interpeller par ailleurs toutes les consciences pour que les africains retrouvent leur dignité et puissent vivre ensemble sans inégalités socio-économiques affichées.

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Est-il vrai comme le pensent certains que la pauvreté est la véritable richesse de l’Afrique? Peut-on à la suite de Martin Luther King imaginer qu’un jour pauvres et riches d’Afrique, paysans et milliardaires puissent partager un espace commun sans discriminations ni inégalités?  Bref, comment réduire l’écart entre fortunés et infortunés en Afrique? Telles sont les interrogations auxquelles les africains doivent désormais réfléchir car demain la situation pourra être explosive si rien ne fait.

Afrique: Ces frontières qui unissent

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Traditionnellement, la frontière est définie comme une ligne marquant la fin et le début des territoires des Etats. Mais en Afrique, force est de constater que les frontières, loin de diviser, de séparer unissent plutôt des populations vivant le long des frontières. Des activités, des événements qui favorisent le vivre ensemble et la cohabitation se développent le long des frontières africaines. On pourra donc parler d’une coexistence transfrontalière conviviale dans plusieurs régions d’Afrique même si souvent ces frontières sont des zones de conflits ou de sinistres.

Il suffit de se poster à la frontière, pour voir comment elles sont traversées, pour voir comment au quotidien s’effectuent des échanges commerciaux, culturels entre de nombreuses populations. Ces échanges sont la manifestation d’une cohabitation pacifique entre des peuples. En Afrique, la frontière n’est pas un lieu calme, une zone silencieuse comme c’est le cas de plusieurs frontières en Occident. La frontière en Afrique est inspiratrice du vivre ensemble, de la tolérance, des valeurs chères aux sociétés africaines. Se positionner à la frontière, c’est inviter à la rencontre, c’est inviter l’autre, le semblable à la coopération,  à la communication. J’ai vécu longtemps le long de la frontière tchado-camerounaise, et j’y ai expérimenté au quotidien le bonheur humain. En Afrique centrale, entre le Cameroun et le Tchad, la construction en 1985 du pont de Nguéli a été une opportunité pour de nombreuses populations. Le pont relie la ville de Kousseri (Cameroun) à celle de N’Djamena (Tchad). Auparavant confinées à des activités de ménage et de reproduction à cause des pesanteurs culturelles et des conjonctures économiques défavorables, les femmes peuvent désormais gagner leur vie en franchissant la frontière. Les troubles politiques au Tchad marqués par des guerres civiles et des rebellions armées ont également favorisé l’émergence d’initiatives. La mobilité transfrontalière devient une source vitale pour plusieurs personnes, divorcées, veuves, sans-emplois, handicapées physiques, sourds-muettes, etc. Ici, l’usage de la langue arabe est une nécessité.

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Au quotidien, s’affiche un décor extraordinaire : piétons, cyclistes, motocyclistes et quelques voitures se fondent dans la masse. Les regards pointés vers l’Est (côté Camerounais) et l’Ouest (côté Tchadiens). Dans la vague des personnes qui font la navette, on voit des vieillards, des adultes, de jeunes gens et des femmes. Toutes les dames et les jeunes filles portent le voile. On a bien l’impression qu’elles ont chacune un bébé sur le dos ou qu’elles sont enceintes.

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Frontière entre le Tchad et le Cameroun dans le Lac Tchad. A gauche des pêcheurs tchadiens, à droite des pêcheurs camerounais. Une ligne presque invisible sert de frontière.

 En effet, il est connu que l’ensemble des frontières en Afrique fut élaboré dans le contexte colonial. Elles ont été esquissées dans leur grande majorité entre 1885 et 1900. La plupart de ces frontières constituent un vestige de la décolonisation. On estime que 70 % des frontières africaines telles qu’on les connaît aujourd’hui furent définies sans concertation avec les populations concernées, entre la conférence de Berlin et la fin de la première décennie du XXe siècle. Elles ont longtemps été considérées comme des frontières apaisées séparant des populations de même culture ethno-religieuse et des Etats (Côte-d’Ivoire, Burkina Faso, Mali, Guinée et Ghana) qui appartiennent à une même organisation économique supranationale, la communauté des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) ou la CEMAC en Afrique centrale.