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Afrique: Ces frontières qui unissent

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Traditionnellement, la frontière est définie comme une ligne marquant la fin et le début des territoires des Etats. Mais en Afrique, force est de constater que les frontières, loin de diviser, de séparer unissent plutôt des populations vivant le long des frontières. Des activités, des événements qui favorisent le vivre ensemble et la cohabitation se développent le long des frontières africaines. On pourra donc parler d’une coexistence transfrontalière conviviale dans plusieurs régions d’Afrique même si souvent ces frontières sont des zones de conflits ou de sinistres.

Il suffit de se poster à la frontière, pour voir comment elles sont traversées, pour voir comment au quotidien s’effectuent des échanges commerciaux, culturels entre de nombreuses populations. Ces échanges sont la manifestation d’une cohabitation pacifique entre des peuples. En Afrique, la frontière n’est pas un lieu calme, une zone silencieuse comme c’est le cas de plusieurs frontières en Occident. La frontière en Afrique est inspiratrice du vivre ensemble, de la tolérance, des valeurs chères aux sociétés africaines. Se positionner à la frontière, c’est inviter à la rencontre, c’est inviter l’autre, le semblable à la coopération,  à la communication. J’ai vécu longtemps le long de la frontière tchado-camerounaise, et j’y ai expérimenté au quotidien le bonheur humain. En Afrique centrale, entre le Cameroun et le Tchad, la construction en 1985 du pont de Nguéli a été une opportunité pour de nombreuses populations. Le pont relie la ville de Kousseri (Cameroun) à celle de N’Djamena (Tchad). Auparavant confinées à des activités de ménage et de reproduction à cause des pesanteurs culturelles et des conjonctures économiques défavorables, les femmes peuvent désormais gagner leur vie en franchissant la frontière. Les troubles politiques au Tchad marqués par des guerres civiles et des rebellions armées ont également favorisé l’émergence d’initiatives. La mobilité transfrontalière devient une source vitale pour plusieurs personnes, divorcées, veuves, sans-emplois, handicapées physiques, sourds-muettes, etc. Ici, l’usage de la langue arabe est une nécessité.

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Au quotidien, s’affiche un décor extraordinaire : piétons, cyclistes, motocyclistes et quelques voitures se fondent dans la masse. Les regards pointés vers l’Est (côté Camerounais) et l’Ouest (côté Tchadiens). Dans la vague des personnes qui font la navette, on voit des vieillards, des adultes, de jeunes gens et des femmes. Toutes les dames et les jeunes filles portent le voile. On a bien l’impression qu’elles ont chacune un bébé sur le dos ou qu’elles sont enceintes.

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Frontière entre le Tchad et le Cameroun dans le Lac Tchad. A gauche des pêcheurs tchadiens, à droite des pêcheurs camerounais. Une ligne presque invisible sert de frontière.

 En effet, il est connu que l’ensemble des frontières en Afrique fut élaboré dans le contexte colonial. Elles ont été esquissées dans leur grande majorité entre 1885 et 1900. La plupart de ces frontières constituent un vestige de la décolonisation. On estime que 70 % des frontières africaines telles qu’on les connaît aujourd’hui furent définies sans concertation avec les populations concernées, entre la conférence de Berlin et la fin de la première décennie du XXe siècle. Elles ont longtemps été considérées comme des frontières apaisées séparant des populations de même culture ethno-religieuse et des Etats (Côte-d’Ivoire, Burkina Faso, Mali, Guinée et Ghana) qui appartiennent à une même organisation économique supranationale, la communauté des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) ou la CEMAC en Afrique centrale.

Cameroun : quand la diversité religieuse favorise la coexistence pacifique

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Né au Cameroun, un pays façonné par la diversité culturelle, j’ai grandi dans un univers où multilinguisme et multiculturalisme sont deux maîtres mots.  La cohabitation des  peuples aux cultures et langues  différentes qui se manifeste ici m’a inspiré l’idée d’un vivre ensemble que je matérialise au quotidien par l’usage des valeurs humaines :  convivialité,  solidarité  et  tolérance. L’expérience enrichissante de pratique de la paix en milieu pluriculturel que je voudrais partager est quelque chose de merveilleux que je vis  au quotidien, car c’est  une source à laquelle je puise chaque jour la force pour avoir un entourage harmonieux et aller de l’avant.

A  Moulvoudaye, petite localité du Nord-Cameroun où je réside, animistes, musulmans et chrétiens vivent ensemble en cultivant au quotidien  la coexistence pacifique et le dialogue interreligieux. C’est ainsi qu’étant chrétien, j’ai de nombreux amis musulmans et animistes avec qui j’étudie, je me promène, je joue, je mange et parfois je dors. Ici, la convivialité se perçoit et se vit quotidiennement à travers nos actes et nos échanges. Tous les soirs vers 17 heures après un match de football, moi et mes amis, nous  nous  retrouvons autour d’une tasse de thé pour échanger sur nos études, notre avenir et sur l’actualité. Nous apprécions tellement ces retrouvailles, car elles nous permettent de vivre ensemble, de partager et d’apprécier la richesse que procure la diversité culturelle.  Que ce soit pendant la fête de Pâques chez les  chrétiens, de Ramadan chez les musulmans ou de  Feo gague  chez les animistes  (Tupuri), je suis toujours  entouré et convié  aux  différentes festivités où nous partageons gâteaux, bouillie et viande. Nos parents, fiers de nos relations amicales, se côtoient au quotidien  et s’entraident mutuellement. Dans les lieux de rencontre comme les marchés, musulmans, chrétiens et animistes se respectent et dialoguent sans discrimination. Ici, le vivre ensemble  implique le respect des différences, le respect de l’altérité.

Au milieu de cette harmonie sociale,  j’ai proposé aux jeunes de Moulvoudaye  l’idée de création d’une association pour davantage promouvoir et pérenniser le dialogue  interculturel  et les valeurs partagées gage d’un développement durable. Nous avons mis sur pied une association des jeunes  baptisée «Unis  dans la  diversité ». Dans cette association nous organisons  chaque mois des rencontres sportives et culturelles où tous les jeunes de notre beau village se croisent et discutent. En effet, pour proposer cette initiative à mes amis,  je suis parti  de l’idée  selon laquelle la paix  résulte et se maintient à partir des simples faits et gestes de tous les jours.  Pour moi, dire bonjour  aux personnes qu’on rencontre, dire merci  après un service rendu, dire au revoir quand on quitte des gens ou encore s’excuser quand on a offensé quelqu’un, c’est déjà  cultiver la paix et promouvoir l’être ensemble. Je crois que  la paix c’est d’abord un esprit, une attitude, un comportement. C’est donc à partir de leurs attitudes, de leurs comportements quotidiens que les  habitants de mon  village  malgré les différences culturelles et religieuses ont réussi à instaurer un dialogue interreligieux et faire émerger un vivre ensemble convivial qui fait aujourd’hui la fierté de tous.

Je pense sincèrement que  si chaque Homme où qu’il soit pratique au quotidien des valeurs comme l’empathie, l’altruisme et la non-discrimination  nous réussirons à bâtir des  familles harmonieuses, des  sociétés  conviviales, des pays paisibles et un monde merveilleux qui procurera bonheur et espoir à tous.