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D’un camp des réfugiés vers un voyage dans l’espace. L’aventure extraordinaire d’un jeune Sud-Soudanais

J’ai eu l’honneur et le privilège de rencontrer James Thuch Madhier un jeune Sud-Soudanais, brillant et ayant des idées révolutionnaires pour l’Afrique qu’il aime tant. Jeune leader, au passé douloureux, il vit aujourd’hui à Toronto au Canada où il étudie et continue de participer à de nombreux forums et conférences à  travers le monde. Sélectionné sur une liste de potentiels jeunes qui entreprendront un voyage dans l’espace avec le soutien de KRUGER COWNE, il m’a accordé un entretien où il parle de lui, de ses rêves pour l’Afrique et de sa vision pour un monde meilleur. Plus qu’un simple entretien, c’est un échange émouvant et plein d’espoir que je vous livre ici.

– Peux-tu me parler de toi ? Qui est James Madhier ?

– Je suis James Thuch Madhier. J’ai 26 ans. Je suis né au Sud-Soudan où j’ai grandi. J’ai vu le jour au moment où le Soudan traversait une période difficile notamment celui de la meurtrière guerre civile. C’était exactement l’année au cours de laquelle Omar el-Béchir a pris le pouvoir grâce à un coup d’Etat. Le grand souvenir que je garde de mon enfance, c’est des conflits, des guerres et des massacres. Quand Omar el-Béchir arrive au pouvoir, dans son discours il souligne que le régime précédent avait été très tolérant avec les rebelles. Il va donc tenter de finir avec la rébellion et rendre la vie encore plus dure pour nous Soudanais du Sud. Voilà en quelques mots mon enfance jusqu’à l’âge de 16 ans. C’était devenu invivable. Les routes ont été détruites et même les salles de classe. Il était donc devenu impossible d’aller à l’école. Face à tous ces désastres, j’ai finalement quitté le Soudan pour l’Ouganda. Et de là j’ai rejoint un camp de réfugiés au Kenya où je suis resté pendant 4 ans, jusqu’à la fin de mes études primaires et secondaires. Voici un peu mon histoire que les gens ne connaissent pas vraiment. Mais actuellement ce que les gens savent, c’est que je suis un jeune leader. Récemment j’ai été sélectionné par l’Union européenne pour participer aux « Journées européennes de développement ». J’ai eu l’opportunité de rencontrer le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon et le président de l’Assemblée générale des nations. Et j’ai été sélectionné il y a quelques semaines sur une liste de 30 jeunes, dont trois vont être pris pour participer au mois de novembre à Bangkok à un événement où ils exposeront leur vision pour un monde meilleur. A l’issue de cette rencontre, un jeune sera choisi pour un voyage dans l’espace (vidéo). J’ai aussi créé un journal en ligne afin d’amener les jeunes Sud-Soudanais à promouvoir le vivre ensemble et la paix. Avec d’autres jeunes, nous travaillons à permettre le dialogue interculturel ici au Canada. Nous sommes aussi en réseau avec des jeunes du Kenya et du Brésil.

– Est-ce que vous vous considérez comme une personne exceptionnelle ?

– Le début de mon aventure a été très difficile. Des guerres autour de moi. Une éducation difficile pour moi et pour les jeunes de ma génération. Beaucoup de personnes m’ont inspiré et en même temps j’inspire aussi beaucoup de personnes. Oui… je peux dire que mon aventure est extraordinaire.

– Que veux-tu que les jeunes Africains apprennent de ton histoire ?

– Je pense que souvent il nous arrive de croire qu’il n’y a pas d’issue possible pour nous ou qu’il y a pas de chemin pour réussir. Mais avec une certaine volonté et la détermination on peut arriver au bout de nos rêves. J’invite les jeunes Africains à prendre leurs responsabilités sans attendre tout des aînés. Ceci nous permettra de ne plus répéter les mêmes erreurs que nos aînés.

– Qu’est-ce qu’être africain signifie pour toi ?

– Pour moi c’est très spécial. L’Afrique a une place très spéciale dans mon cœur. Pour moi être africain, c’est être d’abord être fier de soi dans les moments de joie comme dans les moments difficiles. Etre africain signifie aussi pour moi puiser de l’énergie au fond de soi et, être africain c’est à la fois apprendre de soi-même et apprendre aussi des autres.

– Quels sont selon toi les grands défis que doivent relever les Africains aujourd’hui ?

– Pour moi le premier défi est l’éducation. Tout commence par l’éducation. Si nous investissons dans une éducation de qualité nous aurons des jeunes intègres et prêts à prendre les devants pour le développement de l’Afrique. Le second défi et celui de la lutte contre le changement climatique. L’Afrique est le continent le plus exposé. Mobilisons-nous pour protéger et gérer de manière rationnelle nos ressources.

– Nous effectuons cet entretien au moment où les rebelles et le gouvernement ont signé un agrément de paix pour mettre un terme au conflit au Soudan du Sud. Qu’en penses-tu ?

– Oui ceci est une question qui me touche beaucoup. Ma famille et mes proches y vivent. Arrivé à construire la paix c’est mon vœu le plus cher pour mon pays le Soudan du Sud. Je me suis fait une promesse de contribuer à faire émerger la paix dans mon pays. Je reste optimiste qu’elle émergera entre les Sud-Soudanais qui ont souffert de cette guerre orchestrée par des hommes politiques égoïstes qui ne pensent qu’a eux pendant que les populations sont en train de mourir dans les champs.

– Quel pays en Afrique est selon toi un havre de paix et de cohabitation pacifique ?

– Le pays qui m’impressionne le plus est la Tanzanie. Un pays qui a réussi la coexistence pacifique entre ses peuples. La Tanzanie est située entre le Kenya, le Rwanda et l’Ouganda. Des pays qui ont tous connus des guerres civiles, mais la Tanzanie est restée un pays démocratique sans conflit. Je peux aussi ajouter le Botswana et le Mozambique qui restent aussi selon moi des pays exemplaires.

–  Quels sont les leaders qui t’inspirent ?

– Je mentionnerai tout d’abord Thomas Sankara dont j’admire beaucoup les idées révolutionnaires. Je pense aussi à Julius Nyerere, à son combat et ses nombreuses réalisations pour son pays et pour l’Afrique. Hors du continent, j’ai un grand respect envers l’ancien président de l’Uruguay José Mujica. J’apprécie son style de vie simple opposé à celui des autres présidents à travers le monde.

– Je sais que la lecture fait partie de tes passions, quels sont tes auteurs préférés ?

– Mon auteur préféré est l’écrivain nigérian Chinua Achebe. Il m’a beaucoup influencé quand j’étais jeune. J’ai beaucoup aimé son livre Le Monde s’effondre. J’aime aussi beaucoup les écrits de l’écrivain kényan John Kiriamiti qui a écrit  My life in crime .J ’aime aussi la musique. J’écoute beaucoup par exemple Am I wrong de Nico et Vinz.  Et tout récemment un ami m’a dédicacé une magnifique chanson que j’adore beaucoup : Hall of Fame écrit et chanté par the script.

– Merci James Thuch Madhier pour cet entretien !

– C’est moi qui te remercie !

James Thuch Madhier – Rising Star Programme

Kenya : la seconde mort des étudiants de Garissa

Je suis scandalisé, outré, révolté par le manque d’humanisme et de compassion de la communauté internationale depuis jeudi. Un lourd bilan : 148 morts à l’université de Garissa au Kenya, dont 142 étudiants, tous tués par un groupe terroriste somalien (les shebabs) parce qu’ils étaient chrétiens. L’événement a suscité un peu de réactions, mais pas d’émotion, pas de véritable indignation, pas de réelle mobilisation internationale. Rien de comparable à l’hommage qui a suivi ce qui s’est passé récemment en France après la tuerie de Charlie Hebdo (10 morts) ou à Tunis après le massacre du musée de Bardo (20 morts). Où sont les indignés ? Où sont les humanistes ? Il est clair qu’aujourd’hui en restant muet, indifférent sans condamner avec énergie ce qui s’est passé au Kenya, on tue une deuxième fois les étudiants de Garissa. On les tue à nouveau, on les humilie en restant silencieux. Certes, sur les réseaux sociaux quelques personnes expriment leur solidarité au peuple kényan et à la communauté universitaire de Garissa, cela est-il suffisant ?Kenya Violance

Si ce massacre avait eu lieu ailleurs qu’en Afrique, il y aurait forcément eu des émissions 24/24, des milliers de personnes auraient porté des tee-shirts « je suis Garissa » : rien de tel pour les victimes de Garissa. On n’a pas vu les présidents, surtout africains participer à la grande marche organisée au Kenya. Où étaient-ils ? Beaucoup d’entre eux étaient présents lors de la marche contre le terrorisme à Paris en janvier dernier.

Au regard de ce qui se passe, je constate qu’on s’indigne de manière sélective, on hiérarchise les morts. C’est peut-être dur de le reconnaître, c’est peut-être risqué de l’affirmer, c’est pourtant vrai. Cette mobilisation internationale au rabais n’est-elle pas due au fait que les victimes sont des Africains ? Cette question m’amène à penser qu’il existe une certaine géopolitique de l’émotion. Une géopolitique qui rendrait d’autres personnes plus importantes que d’autres.

Félicitations au peuple burkinabè !

 

Burkinese celebrate after embattled Pres

Comme tout jeune Africain assoiffé de démocratie et de bonne gouvernance, je ne saurais rester indifférent, voire insensible au combat du peuple burkinabè qui depuis quelques jours montre au monde entier que le progrès démocratique est possible en Afrique. En voulant modifier la Constitution (la loi fondamentale), Blaise Compaoré avait trahi l’espoir de toute une jeunesse, l’avenir de tout un peuple, le destin de tout un continent. Au moment où les jeunes Africains rêvaient d’un continent où les valeurs démocratiques et républicaines seraient visibles et affichées certains chefs d’Etat à l’instar de Blaise Compaoré ont montré une volonté de tuer volontairement tout espoir de démocratie.

La bravoure et le courage des Burkinabè qui se sont levés comme un seul homme pour refuser et condamner cette manœuvre politique sont à saluer. Comment ne pas applaudir cette révolution exemplaire où jeunes, femmes et adultes sont tous aux premières loges? Comment ne pas espérer qu’un jour des pays comme le Cameroun, la Guinée équatoriale, l’Angola, la Gambie, le Zimbabwe… puissent aussi à leur tour se débarrasser des dictatures qui les endorment en les entraînant dans l’impasse et l’inertie depuis plusieurs décennies ?

« Créons ensemble le futur que nous voulons ». Les jeunes rêvent désormais d’un meilleur avenir au sortir du 8ème Forum des jeunes de l’UNESCO

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Du Mardi 29  au jeudi 31 octobre 2013 s’est tenu à Paris (Place Fontenoy), sous la présidence de la directrice générale de l’UNESCO,  le 8e forum mondial des jeunes de cette organisation. Le thème de cette édition à été : « Inclusion sociale et jeunesse : engagement civique, dialogue et développement des compétences ». Cette année, environ 500 jeunes participants de toutes les régions ont répondu présents  à ce grand rassemblement  au Siège de l’Organisation à Paris. Trois catégories de jeunes ont participé à ce Forum. On avait des jeunes délègues (2 par pays), des observateurs (journalistes, représentants des organisations des jeunes), et enfin des jeunes volontaires motivés qui ont assisté le comité d’organisation du Forum avant et pendant le Forum. Je faisais parti de cette dernière catégorie des participants. J’ai donc eu en tant que jeune bénévole, le privilège et l’immense honneur de vivre le Forum de bout en bout et j’ai décidé par cet article de vous le faire vivre également.

En effet, venant des quatre coins du monde (Asie, Afrique, Amérique, Océanie), les participants ont eu l’opportunité d’échanger leurs opinions, de partager leurs expériences, de réfléchir ensemble et surtout, d’identifier les préoccupations et les problèmes communs qui entravent aujourd’hui le devenir des jeunes. Le Forum était donc une véritable concentrée humaine, une sorte de « melting-pot » reflétant la diversité culturelle qui façonne notre planète. Toutes les cultures, toutes les nationalités étaient donc à ce grand rendez-vous des jeunes.

Durant trois jours, les participants à ce 8e Forum des jeunes de l’UNESCO ont débattu des défis auxquels sont confrontés les jeunes de tous les continents et ont passé en revue les principaux objectifs des programmes de l’Organisation à l’égard de la jeunesse lors des ateliers de renforcement des capacités, des débats en plénière autour des recommandations du Forum, des groupes de travail sur les projets opérationnels, des débats thématiques. Par ailleurs, il faut rappeler qu’à la demande des jeunes, le 8e Forum des jeunes de l’UNESCO s’est déroulé sous le signe du changement et de l’innovation. Le Forum à encourager la participation de jeunes femmes et hommes venant de tous les pays et de tous les milieux, ayant des expériences variées et des niveaux différents d’engagement au sein de leurs communautés.

Parmi les programmes phares de ce forum on peut parler des 15 projets des jeunes qui ont été sélectionné. Ces 15 projets opérationnels ont été sélectionnés par les jeunes délégués du Forum et ont reçu pour la circonstance le  « Label du 8e Forum des jeunes de l’UNESCO ». Ce label garantit la qualité et l’excellence de ces projets et seront en ligne avec les priorités de l’UNESCO. Il offre à ses initiateurs des opportunités pour mobiliser des fonds, créer des partenariats et étendre leur visibilité internationale. On avait également au programme des témoignages, des émouvants moments  appelés : «15 minutes de gloire»,  des moments dédiés aux jeunes leaders (grande source d’inspiration pour les jeunes qui débutent leurs carrières) durant lesquels ils ont été invité à présenter leurs actions, leur parcours, leurs initiatives novatrices ainsi que leurs combats.

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En plus de cela, pour célébrer véritablement cette diversité culturelle réunie sous le toit de l’UNESCO, les jeunes ont eu l’opportunité d’assister  à des soirées culturelle par exemple la production en live de l’artiste musicien du rap Signmark véritable creuset de solidarité et de convivialité. En effet, Signmark considère que la société ne devrait pas traiter les personnes sourdes comme des personnes handicapées, mais comme une minorité linguistique qui jouit de sa propre culture, de sa propre communauté, de sa propre histoire, et de son propre héritage. Pour lui, il est crucial de valoriser la diversité dans le monde actuel, de plus en plus multiculturel. De quoi encourager les jeunes à consolider les valeurs de paix et de vivre ensemble, valeurs chères à l’UNESCO. Ce concert lors du 8e Forum des jeunes de l’UNESCO à été un symbole d’espoir pour tous les jeunes membres de minorités dans le monde entier, et a été à la fois inspirant, voire  inoubliable pour ces jeunes qui ont décidé d’être non pas seulement un simple avenir de l’humanité mais des véritables partenaires du présent.

Il y avait aussi comme activité de détente le Bus John Lennon. Un studio d’enregistrement itinérant, dont la raison d’être est d’utiliser la musique comme vecteur de paix et de compréhension mutuelle en mettant gracieusement à disposition des  jeunes visiteurs un studio professionnel. Pour finir les jeunes ont assisté à la projection du film projection du film documentaire « Rising from Ashes ». Plus qu’un film, Rising From Ashes, c’est une histoire qui à parlé  à chaque jeune. C’était un passage vers l’espoir. « Tu peux laisser derrière toi ce qui te poursuit, mais pas ce qui se passe en toi ». C’est par ce proverbe rwandais que commence Rising From Ashes, ce documentaire américain, consacré à l’équipe cycliste du Rwanda.  Pendant 82 minutes, Rising From Ashes (« renaître de ses cendres » en anglais) raconte le parcours de jeunes cyclistes rwandais qui ont, pour la plupart, perdu de la famille durant le génocide.

Pour clôturer le forum, les jeunes ont eu le privilège de découvrir le visage du 8e Forum des jeunes de l’UNESCO en photo et l’on a profité pour annoncer la conférence internationale « volontariat des jeunes et dialogue » qui se déroulera à Djeddah en Arabie saoudite au mois de décembre 2013. Quelle merveilleuse aventure ! Les jeunes sont retournés chez eux avec la ferme conviction de pouvoir créer ensemble un avenir prospère où chaque jeune pourra s’épanouir et faire épanouir les autres. Telle est la véritable recommandation que j’ai pu saisir à travers les pertinentes activités de ce Forum.