Archives mensuelles : avril 2015

Afrique du Sud : le vivre-ensemble si cher à Mandela est-il mort avec lui ?

Depuis quelques jours, la ville de Durban en Afrique du sud est traversée par des manifestations et violences anti-immigrées. Des somaliens,  des congolais,  des kényans et beaucoup d’autres africains sont ainsi victimes des attaques. On pille leurs magasins. On les accuse d’être la cause de la montée du taux du chômage en Afrique du Sud. On les menace de mort. Des camps de fortune abritent désormais des réfugiés africains qui fuient ces attaques xénophobes. Pourtant Il y a deux ans le Monde entier célébrait un Grand homme : Nelson Mandela. Un homme de paix, un Africain qui se battu toute sa vie contre le racisme, contre la xénophobie,  contre l’Apartheid. Il sacrifia sa vie pour créer un pays multiculturel, multiethnique. Une nation Arc-en-ciel où doivent vivre paisiblement des hommes aux origines diverses.images (3) Mais qu’est-ce qui justifient aujourd’hui cette montée de xénophobie envers les africains ? L’apartheid a-t-il changé de visage pour viser désormais les africains non sud-africain ? Les victimes d’hier sont –ils devenus les bourreaux d’aujourd’hui ?  L’Afrique du sud n’est-elle plus une Nation arc en ciel ? Qu’est devenu le vivre ensemble si chère au Sage Madiba ? Ce grand homme que tous les sud-africains adorent et pour qui ils ont un profond respect.

Je me pose ces questions depuis quelques jours mais je ne trouve toujours pas des réponses. Mais, tout ce que je sais ce qu’avec ce qui se passe actuellement, Mandela doit être en train de se retourner dans sa tombe. Limages (1)ui qui en mourant était sûr et certain que la cohabitation pacifique et le vivre ensemble, vertus  pour lesquelles il s’est battu toute sa vie étaient des acquis. Les sud-africains se moquent du Grand Madiba en se foutant de ses précieuses idées, de son héritage politique et idéologique. Honte aux xénophobes de Durban ! Honte aux sud-africains ! Indignez-vous !

 

Kenya : la seconde mort des étudiants de Garissa

Je suis scandalisé, outré, révolté par le manque d’humanisme et de compassion de la communauté internationale depuis jeudi. Un lourd bilan : 148 morts à l’université de Garissa au Kenya, dont 142 étudiants, tous tués par un groupe terroriste somalien (les shebabs) parce qu’ils étaient chrétiens. L’événement a suscité un peu de réactions, mais pas d’émotion, pas de véritable indignation, pas de réelle mobilisation internationale. Rien de comparable à l’hommage qui a suivi ce qui s’est passé récemment en France après la tuerie de Charlie Hebdo (10 morts) ou à Tunis après le massacre du musée de Bardo (20 morts). Où sont les indignés ? Où sont les humanistes ? Il est clair qu’aujourd’hui en restant muet, indifférent sans condamner avec énergie ce qui s’est passé au Kenya, on tue une deuxième fois les étudiants de Garissa. On les tue à nouveau, on les humilie en restant silencieux. Certes, sur les réseaux sociaux quelques personnes expriment leur solidarité au peuple kényan et à la communauté universitaire de Garissa, cela est-il suffisant ?Kenya Violance

Si ce massacre avait eu lieu ailleurs qu’en Afrique, il y aurait forcément eu des émissions 24/24, des milliers de personnes auraient porté des tee-shirts « je suis Garissa » : rien de tel pour les victimes de Garissa. On n’a pas vu les présidents, surtout africains participer à la grande marche organisée au Kenya. Où étaient-ils ? Beaucoup d’entre eux étaient présents lors de la marche contre le terrorisme à Paris en janvier dernier.

Au regard de ce qui se passe, je constate qu’on s’indigne de manière sélective, on hiérarchise les morts. C’est peut-être dur de le reconnaître, c’est peut-être risqué de l’affirmer, c’est pourtant vrai. Cette mobilisation internationale au rabais n’est-elle pas due au fait que les victimes sont des Africains ? Cette question m’amène à penser qu’il existe une certaine géopolitique de l’émotion. Une géopolitique qui rendrait d’autres personnes plus importantes que d’autres.

Nigeria: la chance n’a plus souri à Goodluck

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Les Nigérians ont élu ce week-end un nouveau président à la magistrature suprême. Muhammadu Buhari l’opposant historique, plusieurs fois candidats aux élections présidentielles prendra désormais les reines du pouvoir mettant ainsi à l’écart son rival Goodluck Ebele Azikiwe Jonathan qui aura jusqu’ici été un homme politique avec une carrière atypique et extraordinaire. Son nom Goodluck, qui signifie bonne chance en anglais ne l’a pas porté chance pour ces élections présidentielles du mois de mars 2015. Pourtant dans le passé, Goodluck Jonathan  avait su être à la bonne place quand il le fallait.

Chrétien du sud membre de l’ethnie Ijaw, Goodluck est devenu le premier Président du Nigeria issu  de la région du delta pétrolier du Niger et le premier aussi à ne pas appartenir à l’un de trois principaux grands groupes ethniques du pays:  Haoussa-Fulani, Igbo et Yoruba. Diplômé  (Docteur) en Zoologie, Goodluck Jonathan a fait toutes ses études supérieures dans son pays. Après avoir enseigné puis travaillé pour la protection de l’environnement au sein des institutions gouvernementales, Goodluck, issu d’un milieu modeste, se lancera en politique en 1998.  Par chance ou par  son savoir faire politique , il grimpera très vite les échelles du pouvoir pour atteindre le sommet de la sphère politique à savoir la présidence. L’écrivain Adewale Maja-Pearce, auteur de tribunes sur le Nigeria pour le New York Times a sa petite idée pour expliquer l’ascension fulgurante de Goodluck Jonathan.  Il affirmera: « Je l’appelle le président par accident. C’était de la chance« . « Il a été sorti de l’ombre parce qu’il était considéré comme flexible« , ajoutera-t-il.  En effet, en 1999, année du retour d’un régime civil, il est élu gouverneur adjoint de l’Etat de Bayelsa, son Etat d’origine. En 2005, quand le gouverneur est destitué suite aux scandales de corruption et de blanchiment d’argent, Goodluck Jonathan prend les reines de l’Etat pétrolier jusqu’en fin 2007.  Nommé vice président suite à l’arrivée au pouvoir de Umaru Yar’Adua , il  deviendra président à la mort de ce dernier.  Mails depuis, le Nigeria sombre dans une guerre orchestrée par la secte islamiste BOKO HARAM. Bien que considéré comme la première puissance économique du continent africain, le Nigeria croupi sous le joug de la corruption et du clientélisme qui gangrène les Etats du pays.

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Apres avoir réussi à s’élire néanmoins une première fois à la magistrature suprême en 2011, Goodluck Jonathan vient de perdre  cette semaine les élections présidentielles au profit de Muhammadu Buhari , un ancien Général, ex-putschiste qui avait déjà était au pouvoir dans les années 80. Alors Goodluck le chanceux a-t-il perdu de sa chance? Où est passée cette main bénie qui accompagnait jusque là son extraordinaire carrière politique? Ou alors doit-on encore attendre un autre coup de chance dans d’autres circonstances politiques pour voir revenir Goodluck à la magistrature suprême? Wait and see! En attendant, le peuple nigérian célèbre son nouveau président dans l’espoir d’un avenir meilleur. Un avenir sans Boko Haram et sans corruption. Que Dieu bénisse le Nigeria!