Archives mensuelles : novembre 2013

Afrique: Ces frontières qui unissent

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Traditionnellement, la frontière est définie comme une ligne marquant la fin et le début des territoires des Etats. Mais en Afrique, force est de constater que les frontières, loin de diviser, de séparer unissent plutôt des populations vivant le long des frontières. Des activités, des événements qui favorisent le vivre ensemble et la cohabitation se développent le long des frontières africaines. On pourra donc parler d’une coexistence transfrontalière conviviale dans plusieurs régions d’Afrique même si souvent ces frontières sont des zones de conflits ou de sinistres.

Il suffit de se poster à la frontière, pour voir comment elles sont traversées, pour voir comment au quotidien s’effectuent des échanges commerciaux, culturels entre de nombreuses populations. Ces échanges sont la manifestation d’une cohabitation pacifique entre des peuples. En Afrique, la frontière n’est pas un lieu calme, une zone silencieuse comme c’est le cas de plusieurs frontières en Occident. La frontière en Afrique est inspiratrice du vivre ensemble, de la tolérance, des valeurs chères aux sociétés africaines. Se positionner à la frontière, c’est inviter à la rencontre, c’est inviter l’autre, le semblable à la coopération,  à la communication. J’ai vécu longtemps le long de la frontière tchado-camerounaise, et j’y ai expérimenté au quotidien le bonheur humain. En Afrique centrale, entre le Cameroun et le Tchad, la construction en 1985 du pont de Nguéli a été une opportunité pour de nombreuses populations. Le pont relie la ville de Kousseri (Cameroun) à celle de N’Djamena (Tchad). Auparavant confinées à des activités de ménage et de reproduction à cause des pesanteurs culturelles et des conjonctures économiques défavorables, les femmes peuvent désormais gagner leur vie en franchissant la frontière. Les troubles politiques au Tchad marqués par des guerres civiles et des rebellions armées ont également favorisé l’émergence d’initiatives. La mobilité transfrontalière devient une source vitale pour plusieurs personnes, divorcées, veuves, sans-emplois, handicapées physiques, sourds-muettes, etc. Ici, l’usage de la langue arabe est une nécessité.

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Au quotidien, s’affiche un décor extraordinaire : piétons, cyclistes, motocyclistes et quelques voitures se fondent dans la masse. Les regards pointés vers l’Est (côté Camerounais) et l’Ouest (côté Tchadiens). Dans la vague des personnes qui font la navette, on voit des vieillards, des adultes, de jeunes gens et des femmes. Toutes les dames et les jeunes filles portent le voile. On a bien l’impression qu’elles ont chacune un bébé sur le dos ou qu’elles sont enceintes.

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Frontière entre le Tchad et le Cameroun dans le Lac Tchad. A gauche des pêcheurs tchadiens, à droite des pêcheurs camerounais. Une ligne presque invisible sert de frontière.

 En effet, il est connu que l’ensemble des frontières en Afrique fut élaboré dans le contexte colonial. Elles ont été esquissées dans leur grande majorité entre 1885 et 1900. La plupart de ces frontières constituent un vestige de la décolonisation. On estime que 70 % des frontières africaines telles qu’on les connaît aujourd’hui furent définies sans concertation avec les populations concernées, entre la conférence de Berlin et la fin de la première décennie du XXe siècle. Elles ont longtemps été considérées comme des frontières apaisées séparant des populations de même culture ethno-religieuse et des Etats (Côte-d’Ivoire, Burkina Faso, Mali, Guinée et Ghana) qui appartiennent à une même organisation économique supranationale, la communauté des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) ou la CEMAC en Afrique centrale.

« Créons ensemble le futur que nous voulons ». Les jeunes rêvent désormais d’un meilleur avenir au sortir du 8ème Forum des jeunes de l’UNESCO

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Du Mardi 29  au jeudi 31 octobre 2013 s’est tenu à Paris (Place Fontenoy), sous la présidence de la directrice générale de l’UNESCO,  le 8e forum mondial des jeunes de cette organisation. Le thème de cette édition à été : « Inclusion sociale et jeunesse : engagement civique, dialogue et développement des compétences ». Cette année, environ 500 jeunes participants de toutes les régions ont répondu présents  à ce grand rassemblement  au Siège de l’Organisation à Paris. Trois catégories de jeunes ont participé à ce Forum. On avait des jeunes délègues (2 par pays), des observateurs (journalistes, représentants des organisations des jeunes), et enfin des jeunes volontaires motivés qui ont assisté le comité d’organisation du Forum avant et pendant le Forum. Je faisais parti de cette dernière catégorie des participants. J’ai donc eu en tant que jeune bénévole, le privilège et l’immense honneur de vivre le Forum de bout en bout et j’ai décidé par cet article de vous le faire vivre également.

En effet, venant des quatre coins du monde (Asie, Afrique, Amérique, Océanie), les participants ont eu l’opportunité d’échanger leurs opinions, de partager leurs expériences, de réfléchir ensemble et surtout, d’identifier les préoccupations et les problèmes communs qui entravent aujourd’hui le devenir des jeunes. Le Forum était donc une véritable concentrée humaine, une sorte de « melting-pot » reflétant la diversité culturelle qui façonne notre planète. Toutes les cultures, toutes les nationalités étaient donc à ce grand rendez-vous des jeunes.

Durant trois jours, les participants à ce 8e Forum des jeunes de l’UNESCO ont débattu des défis auxquels sont confrontés les jeunes de tous les continents et ont passé en revue les principaux objectifs des programmes de l’Organisation à l’égard de la jeunesse lors des ateliers de renforcement des capacités, des débats en plénière autour des recommandations du Forum, des groupes de travail sur les projets opérationnels, des débats thématiques. Par ailleurs, il faut rappeler qu’à la demande des jeunes, le 8e Forum des jeunes de l’UNESCO s’est déroulé sous le signe du changement et de l’innovation. Le Forum à encourager la participation de jeunes femmes et hommes venant de tous les pays et de tous les milieux, ayant des expériences variées et des niveaux différents d’engagement au sein de leurs communautés.

Parmi les programmes phares de ce forum on peut parler des 15 projets des jeunes qui ont été sélectionné. Ces 15 projets opérationnels ont été sélectionnés par les jeunes délégués du Forum et ont reçu pour la circonstance le  « Label du 8e Forum des jeunes de l’UNESCO ». Ce label garantit la qualité et l’excellence de ces projets et seront en ligne avec les priorités de l’UNESCO. Il offre à ses initiateurs des opportunités pour mobiliser des fonds, créer des partenariats et étendre leur visibilité internationale. On avait également au programme des témoignages, des émouvants moments  appelés : «15 minutes de gloire»,  des moments dédiés aux jeunes leaders (grande source d’inspiration pour les jeunes qui débutent leurs carrières) durant lesquels ils ont été invité à présenter leurs actions, leur parcours, leurs initiatives novatrices ainsi que leurs combats.

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En plus de cela, pour célébrer véritablement cette diversité culturelle réunie sous le toit de l’UNESCO, les jeunes ont eu l’opportunité d’assister  à des soirées culturelle par exemple la production en live de l’artiste musicien du rap Signmark véritable creuset de solidarité et de convivialité. En effet, Signmark considère que la société ne devrait pas traiter les personnes sourdes comme des personnes handicapées, mais comme une minorité linguistique qui jouit de sa propre culture, de sa propre communauté, de sa propre histoire, et de son propre héritage. Pour lui, il est crucial de valoriser la diversité dans le monde actuel, de plus en plus multiculturel. De quoi encourager les jeunes à consolider les valeurs de paix et de vivre ensemble, valeurs chères à l’UNESCO. Ce concert lors du 8e Forum des jeunes de l’UNESCO à été un symbole d’espoir pour tous les jeunes membres de minorités dans le monde entier, et a été à la fois inspirant, voire  inoubliable pour ces jeunes qui ont décidé d’être non pas seulement un simple avenir de l’humanité mais des véritables partenaires du présent.

Il y avait aussi comme activité de détente le Bus John Lennon. Un studio d’enregistrement itinérant, dont la raison d’être est d’utiliser la musique comme vecteur de paix et de compréhension mutuelle en mettant gracieusement à disposition des  jeunes visiteurs un studio professionnel. Pour finir les jeunes ont assisté à la projection du film projection du film documentaire « Rising from Ashes ». Plus qu’un film, Rising From Ashes, c’est une histoire qui à parlé  à chaque jeune. C’était un passage vers l’espoir. « Tu peux laisser derrière toi ce qui te poursuit, mais pas ce qui se passe en toi ». C’est par ce proverbe rwandais que commence Rising From Ashes, ce documentaire américain, consacré à l’équipe cycliste du Rwanda.  Pendant 82 minutes, Rising From Ashes (« renaître de ses cendres » en anglais) raconte le parcours de jeunes cyclistes rwandais qui ont, pour la plupart, perdu de la famille durant le génocide.

Pour clôturer le forum, les jeunes ont eu le privilège de découvrir le visage du 8e Forum des jeunes de l’UNESCO en photo et l’on a profité pour annoncer la conférence internationale « volontariat des jeunes et dialogue » qui se déroulera à Djeddah en Arabie saoudite au mois de décembre 2013. Quelle merveilleuse aventure ! Les jeunes sont retournés chez eux avec la ferme conviction de pouvoir créer ensemble un avenir prospère où chaque jeune pourra s’épanouir et faire épanouir les autres. Telle est la véritable recommandation que j’ai pu saisir à travers les pertinentes activités de ce Forum.

France : les immigrés africains doivent-ils craindre la montée politique du Front national ?

Aujourd’hui, en France, l’ascension politique du Front national n’est plus à démontrer. Depuis quelques années, notamment avec l’arrivée de  Marine Le Pen élue présidente avec 67,65 % des voix, le parti de la droite française semble mobiliser de plus en plus de partisans. Pour beaucoup d’immigrés africains, notamment dans les grandes villes comme Paris, Marseille, Bordeaux, la montée  progressive du Front national dans les dernières intentions de vote des français n’est pas à prendre à la légère, car le discours du FN sur l’immigration et les droits des immigrés est très sévère. Alors, les Africains doivent-ils se méfier de sa percée fulgurante dans l’espace politique français ?

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Il faut se rendre à l’évidence que dans le sillage du Front national, le discours anti-immigrés progresse en France. Le dernier sondage effectué le place en tête des  intentions de vote avec 24 %, devant tous les autres partis et leaders politiques. Autant dire que la stratégie de conquête du Front national est en bonne voie vers le pouvoir.  Pour Eric Essono Tsimi, dramaturge camerounais, « les Africains doivent se méfier de la montée politique du Front national ». Pour lui, Marine Le Pen fait peur aux Africains.

Pour beaucoup d’analystes politiques, en votant pour Marine Le Pen lors de la  dernière élection présidentielle près d’un quart des électeurs français ont du même coup adressé un message clair aux immigrés surtout africains. C’en est fini de la « douce France », de la patrie des droits de l’homme qui aura, pendant longtemps, été une terre d’accueil pour tous ceux qui sont en quête de liberté et d’un minimum de fraternité. Vue de France, de Marseille, ville cosmopolite à forte population d’immigrés africains et où j’étudie depuis quelques années, même si elle peut paraître illusoire, cette avancée fulgurante de l’extrême droite doit inquiéter. Pour un grand nombre d’étudiants africains, conscients de l’évolution de la situation, il est plus que probable que la sonnette d’alarme doit être tirée pour que  ce parti puisse revisiter, revoir sa ligne politique en matière d’immigration et des droits d’immigrés. A quoi ressemblerait la France pour les immigrés africains avec le FN au pouvoir ? Pays convivial ? Pays hospitalier ? Pays infernal ?

FN2Chacun à sa petite réponse sur la question. Toujours est-il que de nos jours les partis politiques ou les acteurs politiques doivent œuvrer pour promouvoir un monde où tous les hommes quelle que soit leur origine, leur nationalité puissent coexister pacifiquement en mettant en avant des valeurs humaines à l’instar de la solidarité, du vivre ensemble et de la compréhension mutuelle. Pour certains, les militants de « l’extrême droite » française ne font rien pour dissimuler leurs prises de position. Pour eux, ces positions sont, bien entendu, aux antipodes d’un monde qui voudrait faire du troisième millénaire celui de l’ouverture et de la tolérance. Il est donc indispensable d’affirmer au moment où beaucoup s’acharnent à labelliser le FN qu’il importe de faire de la France, un pays où  les citoyens pourrons vivre des valeurs communes et partagées, donner un avenir radieux à leurs enfants par le travail et être prêts à défendre leurs valeurs et leur intégrité dans un monde qui se veut multiculturel. La diversité culturelle est une réalité, une richesse, une ressource inépuisable à laquelle, Français et Africains doivent puiser l’énergie humaine nécessaire pour développer des relations conviviales fondées sur l’acceptation mutuelle et la tolérance. Notre monde est pluriculturel et multireligieux, réjouissons-nous de cette diversité qui loin de gêner qui que ce soit fait plutôt avancer et poser les jalons de l’espoir d’un monde qui procure bonheur et espoir à tous.